Dormir
Aux personnes avec qui j’ai passé des nuits dans la tendresse, j’ai souvent dit que dormir était pour moi une recherche sur la conscience. Je crois que personne ne m’a vraiment pris au sérieux là-dessus. Et moi non plus, pas autant que j’aurais dû le faire. Je devais toujours penser à « À la recherche du temps perdu » de Marcel Proust. Le premier chapitre de Du côté de chez Swann décrit le réveil et le fait de demeurer consciemment dans ce monde intermédiaire du réveil. Ce monde est un lieu tout à fait particulier pour Proust, et cela ne m’a plus quitté depuis. Je n’ai d’ailleurs pas lu davantage que les 4–5 premières pages, car tout me semblait dit ici. J’ai ensuite consacré la seconde moitié de mes études à la philosophie de la conscience. C’est souvent dans le sommeil que j’ai commencé à comprendre bien des choses. Dans les Upanishads, le sommeil est un accès chargé de sens au monde, au soi du monde, dans lequel nous ne sommes pas séparés. L’immortalité est l’état de méditation profonde. Maîtriser les rêves nous rapproche du soi, de Brahman. En même temps, je lis maintenant Satprem malgré tout ; je le trouve un peu suspect, mais sa description de ce qui se passe dans les différents stades de la méditation et formes de conscience me parle au cœur. Pour Satprem et Sri Aurobindo, le cœur de la méditation est d’apaiser l’esprit. Ce n’est que lorsqu’il est calme et ne se rebelle plus contre Brahman qu’il est possible d’accueillir la force ordonnatrice de la conscience. La pensée ne fait que déranger cela. Cela se produit aussi dans le sommeil et le rêve. Je vois ici une autre proposition face aux laboratoires du sommeil, qui essaient d’instrumentaliser le rêve pour la machine à optimiser la création de valeur. Le rêve nous donne au contraire accès à une conscience qui dépasse de loin notre petite conscience du devoir. Dormir est merveilleux, cela nous unit au soi. C’est une haute forme de connaissance. Happy Diwali













© Christoph Klütsch

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