{"id":4810,"date":"2024-05-21T10:40:16","date_gmt":"2024-05-21T05:10:16","guid":{"rendered":"https:\/\/readingdeleuzeinindia.org\/?p=4810"},"modified":"2024-05-21T10:59:07","modified_gmt":"2024-05-21T05:29:07","slug":"strom-des-lebens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/readingdeleuzeinindia.org\/fr\/strom-des-lebens\/","title":{"rendered":"Courant de la vie"},"content":{"rendered":"<p>Lentement et \u00e0 grands intervalles, je lis et relis Sri Aurobindo. Pourquoi ne pas absorber beaucoup et rapidement, tout et mettre enfin de l'ordre dans mon monde mental qui veut s'\u00e9chapper des cons\u00e9quences d'un monoth\u00e9isme rationnel ? Pourquoi ne pas donner \u00e0 mon intellect la libert\u00e9, la concentration, le calme et la force de s'engager dans l'une des plus grandes aventures de la vie ?<\/p>\n<p>Lorsque j'\u00e9tais \u00e9tudiant, je suis un jour all\u00e9 nager tr\u00e8s na\u00efvement dans le Rhin, quelque part en amont de B\u00e2le, o\u00f9 l'eau claire et froide, rapide et large, traverse des paysages de montagne verdoyants. A peine avions-nous saut\u00e9 dans le fleuve que nous nous sommes retrouv\u00e9s au milieu du courant. La rive d\u00e9filait \u00e0 une vitesse folle et nous savions que nous devions sortir rapidement, car nous \u00e9tions simplement all\u00e9s quelque part dans la rivi\u00e8re et devions retrouver nos v\u00eatements d'une mani\u00e8re ou d'une autre. Nous \u00e9tions excit\u00e9s, vivants, renaissants. Nous avions l'impression de plonger dans le courant de la vie. Les sens s'aiguisaient, le monde en tant que processus montrait sa force de mani\u00e8re aimante, le soi s'affirmait face aux cinq \u00e9l\u00e9ments. L'intellect \u00e9tait silencieux, l'exp\u00e9rience du sublime \u00e9tait grande, le souffle actif. C'est l'une des images de ma m\u00e9moire qui m'aide \u00e0 suivre les Upanishads.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience, comme toute exp\u00e9rience, est constitu\u00e9e d'images. En contact avec le monde ext\u00e9rieur, les sens externes transmettent un sens interne, une perception qui peut devenir une exp\u00e9rience. Ce sens interne est aliment\u00e9, par l'interm\u00e9diaire des terminaisons nerveuses des sens externes, par la vibration de la lumi\u00e8re, du son, du toucher, du go\u00fbt et de l'odorat. Et ce sens int\u00e9rieur peut \u00e0 son tour s'exprimer par le son, les gestes et la repr\u00e9sentation. Ce sens int\u00e9rieur est la conscience.<\/p>\n<p>Dans la philosophie spirituelle, le monde du sens int\u00e9rieur est le monde du subtil par contraste avec le monde de la mati\u00e8re brute. Les images qui se manifestent dans la r\u00e9alit\u00e9 subtile sont r\u00e9elles (Schopenhauer et Bergson l'ont \u00e9galement reconnu). Et de m\u00eame que se manifestent dans ce monde des images d'arbres et de papillons, de personnes et d'art, de douleur et de joie, nous y trouvons aussi des caract\u00e9ristiques du caract\u00e8re, des structures de la personnalit\u00e9, des constellations de pouvoir, des relations plus vastes que nous reconnaissons comme des images. Nous nous demandons pourquoi quelqu'un fait quelque chose ou pourquoi je per\u00e7ois quelque chose d'une mani\u00e8re qui n'est pas bonne, juste ou vraie. Nous pouvons nous confier \u00e0 des images qui nous semblent \u00eatre des illusions ; nous pouvons percevoir l'illusion comme une r\u00e9alit\u00e9 et nous pouvons avoir le sentiment d'\u00eatre pris dans quelque chose qui d\u00e9passe nos propres possibilit\u00e9s de contr\u00f4le. Nous percevons donc des choses auxquelles ne correspond aucun objet ext\u00e9rieur qui aurait pu toucher mes sens externes. Nous pouvons formuler la logique de ces images en hypoth\u00e8ses et les 'tester' sur la r\u00e9alit\u00e9. La conscience pr\u00e9c\u00e8de la r\u00e9alit\u00e9. Autrefois, ce monde \u00e9tait structur\u00e9 par les dieux du panth\u00e9on. Aujourd'hui, nous faisons comme si c'\u00e9tait la science.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9alit\u00e9 subtile et r\u00e9alit\u00e9 brute<\/strong><\/p>\n<p>Nous essayons de comprendre le monde de la mati\u00e8re brute \u00e0 l'aide des sciences naturelles, bien qu'il s'agisse en fait d'un euph\u00e9misme, car les sciences naturelles n'ont en fait pas pour but d'explorer la nature, car ce qui constitue la nature est le lien avec cette r\u00e9alit\u00e9 subtile. Serait-il donc plus honn\u00eate de s'en tenir au terme plus restreint de science empirique ? Cette science qui se concentre sur ce qui peut \u00eatre exp\u00e9riment\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ? L\u00e0 encore, cela semble ambigu, car beaucoup de choses dans le monde subtil peuvent \u00eatre exp\u00e9riment\u00e9es et d\u00e9crites de mani\u00e8re empirique. Qu'en est-il des sciences individuelles comme la physique, la m\u00e9decine, la sociologie ? Elles s'imposent une autolimitation en se concentrant sur le monde mat\u00e9riel et en en d\u00e9duisant des lois g\u00e9n\u00e9rales. Ces lois naturelles d\u00e9crivent \u00e0 leur tour une r\u00e9alit\u00e9 plus profonde, une m\u00e9taphysique. Tant que la m\u00e9taphysique exclut la conscience, il lui est permis d'adopter des th\u00e9ories tr\u00e8s complexes et des particules \u00e9l\u00e9mentaires, tant qu'elle ne s'embarrasse pas de contradictions (bien que cela aussi soit souvent permis).<\/p>\n<p>Qu'est-ce qui emp\u00eache la science des temps modernes de s'int\u00e9resser \u00e0 la conscience ? Qu'est-ce qui a discr\u00e9dit\u00e9 le monde de l'exp\u00e9rience int\u00e9rieure au point que nous faisons tout pour le nier ? La r\u00e9ponse est \u00e0 double tranchant. La rationalit\u00e9 qui s'oppose \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la conscience acc\u00e9l\u00e8re les sciences appliqu\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 sa recherche fondamentale ; et sous forme d'\u00e9claircissement, elle tente de remettre en question de mani\u00e8re critique les abus de pouvoir. D'un autre c\u00f4t\u00e9, elle laisse un vide qui est dissimul\u00e9 par la consommation et une industrie culturelle quelconque, produisant une sorte de Disneyland (Adorno). La confrontation avec la spiritualit\u00e9 est marginalis\u00e9e et rel\u00e9gu\u00e9e au domaine de l'obscur. Y a-t-il peut-\u00eatre de bonnes raisons \u00e0 cela ? Car au 20e si\u00e8cle, m\u00eame la catastrophe de l'holocauste n'a pas pu stopper le succ\u00e8s des Lumi\u00e8res. L'exploitation de notre environnement a permis un mode de vie f\u00e9odal pour les masses en Occident. Je ne suis pas contre le progr\u00e8s, mais il a un prix.<\/p>\n<p><strong>Inde<\/strong><\/p>\n<p>Comment le fait que 16% de la population en Inde soit sous-aliment\u00e9e et que 97% se disent spirituels s'accordent-ils ? L'un n'a-t-il rien \u00e0 voir avec l'autre ? Cette question est-elle une erreur de cat\u00e9gorie classique ? Une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9clair\u00e9e vers l'int\u00e9rieur, qui doit sa prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l'exploitation du Sud global, a-t-elle plus de succ\u00e8s qu'une soci\u00e9t\u00e9 spirituelle colonis\u00e9e, dont la tol\u00e9rance \u00e0 la souffrance a assur\u00e9 la survie ? Peut-on tirer des conclusions de ces d\u00e9clarations polarisantes ? J'en parle ici pour sugg\u00e9rer qu'une question sur la spiritualit\u00e9 et la conscience ne doit pas ou ne peut pas n\u00e9cessairement \u00eatre discut\u00e9e en relation avec le progr\u00e8s, car cela devient vite tr\u00e8s confus.<\/p>\n<p>Je vis ici, dans le sud de l'Inde, en partie dans un monde pr\u00e9-moderne. La souffrance de beaucoup est difficile \u00e0 supporter d'un point de vue moderne, la pratique religieuse semble parfois na\u00efve, les structures sociales sont en surface patriarcales et archa\u00efques, la culture est orient\u00e9e vers la tradition, le savoir est orient\u00e9 vers le conservatisme. Je suis tr\u00e8s conscient de ma position privil\u00e9gi\u00e9e ici et j'essaie d'\u00e9viter le romantisme. Pourtant, il y a dans ce monde quelque chose qui a \u00e9t\u00e9 perdu dans la modernit\u00e9 : l'int\u00e9grit\u00e9 de l'\u00eatre. L'\u00eatre n'est pas seulement la souffrance du moi individuel et son besoin de se r\u00e9aliser, mais l'\u00eatre fait partie de la r\u00e9alit\u00e9 cosmique, au sein de laquelle le propre moi fait partie. Que cette notion puisse \u00eatre plus riche, plus libre et plus auto-r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 la fin de la journ\u00e9e, c'est la force de la pens\u00e9e spirituelle qui plonge dans les subtilit\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9 subtile.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Langsam und in gro\u00dfen Intervallen lese ich immer wieder Sri Aurobindo. Warum nicht viel und schnell, alles aufsaugen und endlich Ordnung in meine Gedankenwelt bringen, die ausbrechen m\u00f6chte aus den Folgen eines rationalen Monotheismus? Warum gebe ich meinem Intellekt nicht die Freiheit, Konzentration, Ruhe und Kraft, sich auf eines der gr\u00f6\u00dften Abenteuer des Lebens einzulassen? 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